mercredi 11 avril 2018

La beauté d'un rêve

Il pleut fort et dru.
Le vent s'amuse à torturer mon pauvre parapluie qui devient coquille de noix dans un océan déchaîné.
Hier au soir, malgré la fraîcheur, les orangers en fleurs diffusaient sans compter leur doux parfum dans les ruelles désertées de Séville.
La météo de ce début de printemps reste capricieuse.
La Maestranza ruisselle de partout, et vient tremper les touristes courageux qui ont décidé coûte que coûte de la visiter.
Demain, je viendrais à mon tour rendre visite à cette belle dame et à nouveau m'asseoir sur ses gradins pour un unique rendez-vous.
Demain Pablo Aguado torée!
Par affection , si j'osais par amitié , je serai là avec l'espoir que son talent puisse s'exprimer et soit enfin reconnu par le grand nombre.
Pour beaucoup , ce 11 Avril n'est qu'un cartel anonyme sans vedette , de toreros de la tierra à qui on donne l'opportunité de se montrer , comme on donne un bout de pain à un affamé.
Pourtant , Calle Iris , je l'attendrai pour échanger un regard , lancer un "suerte" de circonstance avec chevillé au corps l'émotion d'un grand moment que  l'on attend.
Pablo ce 11 Avril défile pour son unique corrida signée, Pablo joue sa temporada, peut-être son avenir.
Nous serons là, quelques-uns à y croire, comme nous y croyons depuis quelques années, anonymes spectateurs et discrets soutiens.
Le temps est à l'espoir.
Les nuages se sont lassés et la pluie s'en est allée ailleurs importuner d'autres badauds aux parapluies qui souffrent.
Séville s'endort...la Maestranza éclairée trône majestueuse sur le paseo Colon que fréquentent quelques rares voitures.
Je m'arrête un instant devant la porte du prince fermée à double tour.
Je vois des flashes qui crépitent dans le crépuscule d'une journée finissante, j'entends la foule qui se presse pour apercevoir le torero que l'on porte triomphant sur de solides épaules.
Je rêve , je sais et du rêve à la réalité, la frontière est immense mais que serait la vie sans la beauté d'un rêve?
      

mardi 5 décembre 2017

Phénix...

Phénix taurin , renaissant de ses cendres encore fumantes, Morante revient.
Est-il vraiment parti?
Coup de tête , coup de blues, anesthésiant l'échec d'un duel perdu à plates coutures face au Juli un soir d'été, il nous avait fait avec une déclaration à l'emporte pièce, de faux adieux...
Cerveau en ébullition, De La Puebla a jeté l'éponge prude sur une temporada ratée.
Lutte inconsciente contre son déclin inéluctable, entrée en résistance contre un système qui le broie , lui l'artiste inconstant si décrié, victoire de ses peurs avouées et inavouées?
Le Morantista convaincu que je suis, ne cherche plus depuis longtemps à justifier face aux contradicteurs, le pourquoi de cette admiration sinon par l'émotion que me procurent les faiblesses si humaines de cet homme, qui me renvoie en miroir à mes propres démons et ,par le plaisir que ses fulgurances artistiques même fugaces me procurent.
Une condition pour toute jouissance est de se limiter disait Kierkegaard.
C'est peut être cette quête que le génie de La Puebla Del Rio va chercher avec ce retour?
Se limiter pour gérer sa résilience?
Je veux encore le croire...
Créer son propre manque, se laisser sans filtre gagner par l'émotion!
"El Arte No Tiene Miedo" ...ni du ridicule, ni du grandiose!
Attendre et voir, attendre et espérer mais aussi attendre et exiger!
C'est bien beau, la philosophie du beau et du bien et, si l'art et la création ne s'exonèrent pas de l'incertitude, cette mise en scène du retour de l'enfant prodigue crée l'obligation d'une réussite globale.
Que l'absence soit source d'envie et d'un imprévisible processus créatif, mais du désir au dépit amoureux, le chemin pour tortueux qu'il soit, peut-être bien court! 

dimanche 19 novembre 2017

Papillon

Sur ce mur blanc , il est venu se poser, un soir d'automne à la chaleur d'une nuit d'été
Dans cette blancheur immaculée , il a lutté sans espoir , derniers battements d'ailes, derniers moments de vie avant de se figer dans l'éternité.
Papillon noir, papillon mort...miracle de résurrection et parait-il de transformation en profondeur.
Je n'ai pas eu le cœur de le déloger et depuis des semaines, il reste là, symbole de ce temps image mobile de l'éternité immobile cher à Platon.
Rion des Landes au mois de novembre...La fraîcheur est là , compagne des mois d'un hiver qui s'annonce.
Dans ce mélange de soleil pâle et d'un brouillard qui se lève tranquillement, ses belles arènes en bois réunissent pour clore la saison les têtes connues et croisées tout au long de la temporada.
Rion c'est l'occasion de finir sur une note champêtre et conviviale.
Rion c'est ce matin.
Au réveil , coup d'œil furtif au mur, plus de papillon.
Gisant au sol bientôt il va devenir poussière.
Pour les Aztèques, le papillon représente aussi le souffle vital qui s'échappe de la bouche de l'agonisant.
Je me souviens de l'an dernier , Rion, un soleil froid, un ciel bleu gris et au cartel Ivan Fandiño.
Je regarde mon papillon, je me souviens...
Cette page cruelle qui a du mal à se tourner.
Je me souviens , la vie continue!




mardi 12 septembre 2017

La belle histoire


23 juillet 2016.
Orthez, Emilio de Justo sanglé dans son costume de velours et d'or arrive dans le patio des arènes du Pesqué!
Emilio? un inconnu du grand public, un oublié des professionnels...
Tant d'espoirs déçus!
Des jours sombres, même les après-midi de grand soleil..
Ronger son frein, capes et muletas rangées.
Rédemption ou enterrement, Orthez c'est ça et rien d'autre
Deux toros pour survivre plus tard, dans le soleil couchant, sur les épaules d'un costaud du coin , Emilio est tout à sa joie de l'instant.
Un peu de bonheur en guise d'espérance.
Deux oreilles , c'est beaucoup et si peu , juste de quoi poursuivre l'aventure.
Zéro contrat à l'horizon comme seul viatique à l'aube du 24 juillet!
Travailler, s'entraîner comme un damné, corriger ce qui peut l'être, faire confiance, espérer, y croire...
Puis la chance qui vient toquer de nouveau à la porte.
Tombe une nouvelle opportunité...
Opportunité? Victorino, Mont de Marsan , fin de temporada ...c'est pas du tout cuit!
Bim..deux oreilles..des critiques élogieuses...l'espoir renaît, grandit!
Un automne et un hiver studieux, des contacts , des promesses, des déceptions, puis des contrats fermes.
L'Espagne l'ignore toujours mais le sud-ouest a de la mémoire.
Commence alors le chemin du renouveau.
A chaque sortie des oreilles , des succès ... A chaque sortie, l'histoire s'écrit...
Le fil est ténu, mais il tient et se renforce un peu plus chaque fois!
Et puis...le ciel gris d'une fin d'été maussade le long des berges de l'Adour, une météo capricieuse qui fait craindre l'annulation, peut-être un rendez-vous manqué?
Et puis, et puis ... Victorino  encore une fois au programme et Dax succombe devant tant de volonté, de sincérité et de simplicité.
Trois oreilles qui décrochent les sourires et font couler les larmes.
Le téléphone va sonner un peu plus , les portes jusqu'alors fermées vont s'entrouvrir, et l'histoire va continuer à s'écrire.
Au regard d'Emilio, sombre et soucieux que ses yeux offrent avant de défiler, fait place un large sourire plein de reconnaissance pour Luisito, celui qui l'accompagne.
Le roman s'écrit à quatre mains.
Alors, si le talent doit-être récompensé, Emilio va toréer, beaucoup toréer, et finir par écrire l'ensemble des chapitres de cette histoire, cette belle histoire!



jeudi 3 août 2017

Agur

Tu vois Iván, même des semaines après, je ne réalise pas...
Je ne réalise pas que tu n'es plus là!
Excuse moi si je te tutoie mais si je ne te connaissais pas, je t'ai souvent croisé dans les patios.
Protégé presque planqué dans tes coins préférés..
L'épaule gauche frôlant le mur, à l'arrière Nestor, et le côté droit bloqué par ton homme de confiance.
Visage fermé, et regard noir tantôt en bas, tantôt au loin ...
Dans cette foultitude , une bulle pour s'enfermer, se refermer..
Appareil photo en main , que faire de ces instants de fausse intimité à immortaliser?
C'est bien la peine d'en avoir immortaliser tant de moments, pour te voir mourir un jour ensoleillé de printemps en plein cœur de la Gascogne!
Et on en fait quoi de cette peine sourde qui rampe désormais dans les callejones du coin?
Putain Iban , pourquoi tu nous manques comme ça?
Un goût acide et amer dans une bouche qui n'a pas pu vraiment dire adieu..
Alors quand l'ami Peio m'a proposé de participer à l'aide de quelques photos, à un hommage dans les arènes de Bayonne, j'y ai vu l'occasion de pouvoir faire mon deuil...notre deuil à tous.
C'est vrai qu'on est pas bien au clair avec la mort , les aficionados!
Elle rôde partout , elle est là si présente qu'on finit par s'y habituer.
Et paf, elle te saute à la gorge.
Garde baissée je n'ai pas vu le coup venir, aucune esquive, KO debout , chaos tout court.
Alors ces quelques images au mur, elles vont me faire du bien, tu vois!
Dans le silence d'un soir qui s'installe , d'une pénombre qui fait place à la nuit, ces photos peut-être balayées par une petite brise d'un mois d'août qui transpire, me feront passer le cap, celui de l'adieu sans retour!

mardi 1 août 2017

Pas à pas...

Orthez, 23 Juillet, 10h28
Santo et son épi viennent de sortir de la chambre.
Il y a un quart d'heure à peine, sa chevelure de jais s'ornait d'une houppette rebelle qu'il a fallu matée.
Il y a un quart d'heure à peine, dans cette chambre d'hôtel partagée régnait encore une ambiance que l'on pourrait croire décontractée.
Tibo Garcia a du mal à se réveiller tout à fait.
Il y a à peine quelques heures ... la novillada nocturne de Mont de Marsan.
Il a fallu passer à l'hôpital pour voir et prendre des nouvelles de Gabin , le piquero qui a salement mordu la poussière, puis direction Orthez...
Se coucher à 3h30 du matin, s'endormir comme on peut et le réveil qui sonne trop vite , trop tôt...
Tout à l'heure à 11 heures , deux novillos du Curé de Valverde au programme.
Tu parles d'un petit déjeuner oecuménique.
Personne ne sait encore à cette heure que les novillos ne seront ni monstres , ni collaborateurs...
Tibo et Antoine son "aide de camp" se sont isolés pour quelques minutes qui leur appartiennent.
Tibo dans son costume violet, celui des jours de guerre apparaît, un bref abrazo et la petite équipe s'en va direction le Pesqué.
Un couple revient du petit dej', n'ose pas emprunter le couloir, impressionné , s'excuse presque.
Image décalée.
Croiser un torero en costume de lumières à l'heure des croissants n'arrive pas tous les jours.
A deux kilomètres à peine de là, les spectateurs arrivent tranquilles, insouciants prendre leur place.
Pendant ce temps, dans ce couloir à la lumière blafarde, un torero de 20 ans , part se la jouer
Mètre après mètre, pas à pas, avançant vers l'inconnu!



lundi 10 juillet 2017

Chapeau...

Eauze
Bandeau sur l'œil, visage marqué par tant d'outrages...
En rafale, crépitent les appareils photos qui fixent en numérique cette gueule cassée.
Padilla est  là , devant moi.
Je pense aux souffrances qu'il a endurées, cette lutte sans relâche pour renaître à la vie et le travail sur soi pour accepter la différence.
Vieillir un peu plus vite, souffrir un peu plus fort.
Sans baisser la tête, regarder le reflet des miroirs, sinistres témoins de sa nouvelle condition.
Saragosse, l'accident, pour nous , public , c'est déjà loin ...
Pour JJ Padilla, désormais pirate des ruedos, c'est tous les jours qu'il faut le porter.
Avec le temps l'extraordinaire nous est devenu ordinaire.
Alors que sa tauromachie baroque, soit un spectacle, que j'apprécie ou non n'est que de peu d'importance...
Chapeau , Monsieur, pour cette leçon sans cesse renouvelée de courage et d'abnégation.

vendredi 7 juillet 2017

Habillage


Quelques notes de flamenco se perdent dans la pièce...
Un petit vent dehors raffraichît l'atmosphère orageuse...
La lumière est douce...
Gestes précis, repères immuables qui rassurent, un homme s'habille et s'apprête à basculer dans un monde étrange, survivance d'un anachronique archaisme.
L'émotion m'étreint...
Témoin privilégié , presque géné j'assiste à cette improbable transformation
Chaque vêtement supplémentaire est un poids de plus à porter sur de frêles épaules.
Le regard se vide, s'absente pour aller rencontrer l'horizon.
Je voudrais quitter la pièce...
L'heure tourne, le temps ne nous appartient plus.
Dans ce costume de lumières, chrysalide devenue papillon, un torero attend.
Des bras bienveillants l'enlacent pour lui témoigner d'une sincère affection et lui donner une illusoire force dans laquelle la chance viendra puiser ce dont elle a besoin.
Il est temps de partir.
La chambre se fige!
Descendre les marches , saluer les compagnons de route puis monter dans le camion.
Vêtu de bleu et d'ors, dans son si beau costume, impeccablement gominé, Pablo Aguado si loin de son Andalousie natale part affronter son destin!


mardi 6 décembre 2016

Un singe en hiver

 
 "J ai pas encore les pieds dans le trou, mais ça vient, bon dieu ! Tu te rends pas compte que ça vient ? Et plus ça vient, plus je me rends compte que j ai pas eu ma dose d'imprévu ! Et j'en redemande.
T'entends ? J'en redemande !" (de M Audiard par J Gabin dans un "singe en hiver")

L'automne se meurt...
Les feuilles craquent sous mes pas, bruit sec , délicieuse sensation.
Du baume au cœur dans une saison où le froid qui s'installe glace nos émotions.
La montera ne pleure pas, ne pleure plus et sans bruit s'est tue.
Stylo sec, envie en berne ... l'heure de la révérence
Alors la page se tourne, le livre se referme.
D'autres choses à vivre , à faire , à ressentir ...
Merci à ceux qui ont bien voulu prendre de leur temps pour lire de temps à autre les quelques lignes de ce blog.
...et puis qui sait, un adieu n'est jamais vraiment définitif...
 

jeudi 6 octobre 2016

Sur une chaise

Arnedo.
Dans une ambiance bonne enfant et tranquille, la fête au loin résonne des rires sonores et des verres qui trinquent.
Carlos le mozo de espada apporte un café et un verre rempli de glaçons.
Dans la pénombre de la chambre qu'il vient troubler de la lumière du couloir,  tout est calme.
A peine quelques mots chuchotés déchirent le silence.
Il est seize heures dix et dans à peine plus d'une heure, Adrien ira à la conquête du Zapato de Oro.
Il ne sait pas encore que ça sera un autre qui l'emportera mais pour l'instant tous les espoirs sont permis.
D'un bond il va sous la douche laissant sans un regard au pied du lit cette chaise sur laquelle repose son costume, sa montera, son capote de paseo.
Pourtant ce costume il l'aime c'est celui de ses débuts, celui que sa peña lui a offert. Sur mesure, neuf....tout un symbole dans une carrière qui débute!
Une heure durant , il va s'en revêtir...méticuleusement, doucement, sortant peu à peu de sa condition d'homme pour se faire torero.
Les notes du flamenco de Manuel Molina emplissent la chambre.
Adrien parle avec Carlos, avec Olivier son apoderado.
Adrien parle, parle, parle...pour mieux tromper sa peur , son trac.
Son regard reste espiègle et rieur , le verbe est rapide.
Il faut aller chercher en catastrophe un capote et une muleta restés dans son coffre de voiture, la malle du fourgon est pleine à craquer de matériel, mais on ne sait jamais...
Le temps passe, le temps presse...mais ça n'affole pas le torero.
Le maestro Gomez Escorial vient quelques minutes pour de sa voix douce et posée donner quelques conseils.
Puis le silence, la chaquetilla quitte la chaise et vient sur les épaules d'Adrien.
A peine enfilée, il faut partir, "suerte torero". 
Dans la chambre tout se fige, le temps s'arrête.
La chaise vide, attend que les mains de Carlos , la revêtisse du costume souillé par le combat.
Ce soir elle ne restera pas nue, ce soir dans cette chambre d'hôtel la vie reprendra son cours.